Repenser le leadership

Comment les traditions villageoises africaines et la Bible orientent vers un leadership renouvelé

Traduit de l’anglais par Anja Morvan 

En grandissant dans un petit village yoruba du Nigéria, j’ai eu le privilège d’observer le leadership en direct. Des décennies plus tard, ce privilège s’est poursuivi car j’ai servi en position de leadership au sein de diverses équipes aux nombreux arrière-plans. Et j’ai observé le leadership dans le monde entier. Cependant, dans mon propre cheminement de disciple, j’ai commencé à comprendre l’influence de mes origines sur mes valeurs et ma pratique du leadership et la manière dont le Saint-Esprit, à travers la Parole, peut à la fois utiliser et transformer mon riche héritage ainsi que celui des autres. Laissez-moi vous faire part de certaines de mes origines, de mes dilemmes, et de ce que j’ai observé dans le leadership africain et de mon cheminement dans l’apprentissage pour croître vers un leader plus biblique. 

J’ai grandi dans la structure de leadership de mon village, avec un roi et un système complexe de conseillers, de chefs plus élevés et de chefs moins élevés. Là, j’y ai observé l’intégrité, le respect mutuel, la redevabilité, la vérité partagée et le caractère qui façonne les événements en vue du développement de futurs leaders dans la communauté. Les leaders de notre communauté ont démontré un soin pastoral en protégeant les vulnérables. Ils ont manifesté leur service en veillant à ce que les besoins du village soient satisfaits. Et ils ont fait preuve de bonne gérance dans la redevabilité qui allait des jeunes jusqu’au roi lui-même. Cependant, le leadership africain dans son mode culturel est loin d’être parfait. En effet, nombre d’aspects rendent difficile l’efficacité dans des nations modernes et le développement efficace de jeunes leaders à l’ère moderne. Cependant, au sein même de l’Afrique, on peut trouver une éthique de développement du leadership qui rivalise avec n’importe quel livre aujourd’hui. La question alors est, que s’est-il passé ? Que s’est-il passé dans l’église et dans les nations d’Afrique pour que ces valeurs aient été perdues et remplacées par la fraude, la corruption, le mensonge, le gaspillage des ressources et même les abus et l’exploitation de ceux qui sont dirigés ? 

Un nouvel ensemble de valeurs sont apparues. Des valeurs qui sont arrivées de l’Occident et qui ont simplement été installées dans le contexte africain. Les nouvelles valeurs n’étaient pas explicitement identifiées ou examinées à la lumière de leurs conséquences sur les systèmes des valeurs existantes, en grande partie parce que les nouvelles valeurs étaient supposées être meilleures que celles qui avaient été là depuis longtemps. L’approche démocratique occidentale au leadership fonctionne le mieux à deux conditions : là où la règle de droit est la norme basée sur les droits individuels et là où les idées égalitaires ont pris racine. La démocratie ne fonctionne pas sans une présence forte de la règle de droit. Qu’est-ce qui a mal tourné dans la manière dont les valeurs démocratiques ont été appliquées à l’Afrique ? Un récit du Malawi nous aidera à comprendre. Souvenons-nous que la démocratie est une forme de gouvernement et non pas nécessairement un modèle biblique de leadership.  

J’ai récemment demandé au Malawi à deux responsables chrétiens expérimentés, l’un d’entre eux étant un responsable du gouvernement, de décrire leurs expériences de leadership en grandissant. Les deux venaient de cultures et de groupes ethniques différents. Mais ils ont décrit un système de chefs de village qui étaient les décideurs et qui ressemblaient à ceux de mon propre village. J’ai demandé comment les leaders émergeaient et comment la succession dans le leadership se poursuivait ? Ils ont unanimement rapporté que l’apparition de leaders suit une progression naturelle : ce sont des enfants qui grandissent, qui apprennent de leurs parents et d’autres personnes. Et, ils deviennent peu à peu des chefs au fur et à mesure que les anciens décèdent. 

J’ai ensuite demandé à ces leaders de me faire part de leur observation de leadership dans l’église et même au niveau des responsables politiques de leur pays. Leur réponse était unanime : ils dirigent tout simplement de la manière dont ils ont vu faire en grandissant dans le village. Ils ne s’attendent ni ne désirent abandonner leur leadership dans une durée limitée. Ils ne développent pas de leaders plus jeunes de la manière qu’on entend par « développement ». Ils ne sont pas redevables à la population de manière formelle et démocratique. Cela illustre certainement l’influence que nos origines peuvent exercer sur le reste de notre vie si nous ne les examinons pas, aussi différentes soient nos vies en tant qu’adultes. 

Saül et David : l’ influence de l’arrière-plan 

 Saül a été désigné roi par Dieu. Lorsque Samuel s’est approché de Saül pour révéler les intentions de Dieu, le premier souci exprimé par Saül était son humble arrière-plan. « Ne suis-je pas un Benjaminite, de la plus petite des tribus d’Israël, et ma famille n’est-elle pas la moins importante de toutes celles de ma tribu? Pourquoi parles-tu donc de cette manière? » (1 Samuel 9.21) Il est intéressant que plus tard, lorsque Samuel a fait des reproches à Saül et lui a dit que les conséquences de sa désobéissance à Dieu étaient que Dieu le rejetait en tant que roi d’Israël, Samuel a fait référence à l’humble arrière-plan de Saül. « Et Samuel lui déclara: Alors que tu te considérais comme un personnage peu important, tu es devenu le chef des tribus d’Israël et l’Eternel t’a oint pour t’établir roi d’Israël. (…) Alors pourquoi n’as-tu pas obéi à l’ordre de l’Eternel? Pourquoi as-tu fait ce qu’il considère comme mal en te précipitant sur le butin? »(1 Samuel 15. 17;19)  

C’était comme si l’humble arrière-plan de Saül n’avait jamais cessé de le hanter dans sa position de roi. L’onction de Dieu sur Saül ne semblait pas avoir transformé son cœur ni son histoire personnelle. En bref, Saül a continué à être façonné par les forces extérieures à son onction. 

David d’autre part, avait un récit différent de l’ascension au trône d’Israël. Il était berger, appelé à travailler en tant que roi choisi par Dieu. Lorsque la capacité de David à confronter Goliath a été remise en question, David a simplement rappelé les récits de son arrière-plan en tant que berger. Il avait appris qu’être un berger signifiait protéger ses brebis à tout prix, et faire face au danger avec courage, par la foi dans le Dieu d’Israël. Ces vérités ont façonné la réponse spontanée de David face à Goliath et façonnera beaucoup son leadership en tant que roi-berger. « David répondit à Saül: Quand ton serviteur gardait les moutons de son père et qu’un lion ou même un ours survenait pour emporter une bête du troupeau, je courais après lui, je l’attaquais et j’arrachais la bête de sa gueule; et si le fauve se dressait contre moi, je le prenais par son poil et je le frappais jusqu’à ce qu’il soit mort. (…) Puis David ajouta: L’Eternel qui m’a délivré de la griffe du lion et de l’ours me délivrera aussi de ce Philistin » (1 Samuel 17.34-35;37). 

Il est bien connu que David, en tant que jeune homme, respectait l’onction de Saül en tant que choisi par Dieu pour ce temps, même lorsque Saül était fou et cherchait à le tuer. David, en tant homme âgé, respectait ce que Dieu accomplissait à travers Absalom, en acceptant que Dieu puisse l’avoir rejeté en tant que roi. Samuel dit de David: « L’Eternel a décidé de se chercher un homme qui corresponde à ses désirs » (1 Samuel 13.14b). Le psalmiste témoigne : « Il a choisi son serviteur David et il l’a tiré de ses bergeries. Il l’a pris du milieu de ses brebis pour qu’il soit berger de Jacob, son peuple, et d’Israël qui est sa possession. » (Psaume 78.70-71) Remarquez l’accent sur l’arrière-plan de David et la description de son leadership d’« homme qui correspond aux désirs de Dieu »  

Pour aider les leaders en Afrique à être renouvelé et refaçonné par la vérité de Dieu pour les desseins de Dieu, nous devons savoir d’où vient le leader. Je ne connais aucun développement au leadership qui cherche intentionnellement à savoir et qui invite le récit des personnes à prendre part au processus de développement. Personne de ceux que je connais ne cherche à connaître les valeurs culturelles, les expériences de vie, les relations, les liens familiaux et les traditions qui ont produit l’individu que nous cherchons à désigner ou à développer en tant que leader.  

Transition de pouvoir et redevabilité 

L’examen de notre passé nous fournira un aperçu important alors que nous développons la prochaine génération de leaders. Un dilemme commun en Afrique est le manque de développement intentionnel de nouveaux leaders. L’Afrique est pleine de leaders qui ont passé des décennies dans leurs fonctions en tant que présidents de pays ou fondateurs d’église. Et bien souvent sans n’être redevable à personne. Même à un âge très avancé, plusieurs conservent leur poste et leur pouvoir et on peut se demander pourquoi. 

Les récits des hommes du Malawi nous permettent d’entrevoir la réponse. Le roi ou le chef en Afrique détient une position héréditaire qui dure toute la vie. Traditionnellement, un leader est une fonction et une personnalité réunies en une seule. Il n’y a pas de cloisonnement de leur identité. Ils sont un avec leur titre, leur poste, leur statut et leur fonction. Les nouvelles personnes qui prennent les titres de chef ne se substituent pas aux chefs actuels. Il n’est pas besoin de craindre que des jeunes grandissent et prennent les postes de pouvoir parce que les anciens, qui détiennent déjà les titres du pouvoir, ne perdent jamais les leur. Ils accueillent simplement les nouveaux détenteurs de titres en leur sein. C’est un processus d’addition et non de soustraction ou de transfert.   

Mais un système démocratique (et de nombreuses églises ont façonné leur leadership en suivant les lignes démocratiques, ont des leaders qui sont élus et qui sortent) nécessite une alternance de leaders qui admettent un changement prévu de titre et de pouvoir. Cette pratique est complètement étrangère aux contextes traditionnels africains. Il n’est pas étonnant que les élections en Afrique amènent si souvent une certaine violence. Les élections dans les églises ne sont parfois pas bien différentes. Si une personne a été élue pour quitter une fonction, la question qu’ils doivent poser est donc « Qui suis-je ? » Dans une culture de la honte, « Qui suis-je » existe en fonction de chacun dans la communauté. Ôter ce titre et cette fonction n’est rien de plus que de démonter leur identité. Lorsque le changement est nécessaire, il est simpliste de prétendre que le simple pouvoir est menacé. C’est plutôt l’identité entière de l’individu qui est en jeu. 

A cet égard, le manque d’intentionnalité dans le développement de nouveaux leaders ne devrait guère être une surprise. Le contexte du village qui autrefois a formé plusieurs générations de leaders est à présent inadapté, et perd de plus en plus sa pertinence. Il est souvent un schéma non examiné pour le développement des leaders. 

Un autre domaine connexe où porter nos regards et qui aiguisera notre vision de l’avenir est celui de la redevabilité. Dans la nouvelle démocratie avec son individualisme inhérent, la première victime est la structure de redevabilité protectrice du village. Dans un système où les individus mènent campagne et se font élire comme des personnes et des décideurs indépendants, la structure de redevabilité communautaire ancestrale ne tient plus la route. Elle a été remplacée par la communauté qui porte ses regards vers l’individu tel un bienfaiteur, parce qu’il ou elle a maintenant les moyens de faire les choses pour eux. Comme nous avons vu, des nations entières sont perdantes pour finir. 

Quelle est donc la solution ? Comment pouvons-nous être comme le roi David qui a tiré des leçons enrichissantes des pâtures et des bergeries de son enfance mais qui n’était pas « bloqué » dans les pâtures ou les bergeries des décennies plus tard ? Les contextes de son enfance ont été formateurs dans son développement spirituel et dans le développement de son leadership. Cependant, il n’a pas agi comme s’il était dans les pâturages lorsqu’il était dans un palais.  

Statut et fonction 

Pour comprendre les attentes en matière de leadership et son développement dans une société de l’honneur et de la honte, comme c’est le cas en de nombreux endroits d’Afrique, il faut comprendre l’influence du statut et de la fonction. En bref, un statut est une position dans la hiérarchie sociale ou la structure. Ce statut est habituellement attribué mais il peut aussi se mériter. Un statut peut changer au cours de la vie, depuis l’enfance à l’âge avancé. En revanche, une fonction se comprend comme le comportement et les actions réalisées par une personne. Elle est liée au statut de la personne mais elle a davantage à voir avec le « faire » que l’ « être ». Ainsi, une fonction n’est pas l’unique considération dans la structure du pouvoir en Afrique. L’âge implique un statut supérieur en bien des endroits et une personne âgée peut, dans certaines situations, se substituer ou saper une personne en position de leadership. 

Lorsque les membres d’une société ont des croyances et des attentes collectives fortes concernant le statut et les fonctions d’un leader, le leader subi une pression, consciemment ou pas, pour répondre à ces attentes, même lorsqu’elles sont en conflit avec les idéaux démocratiques ou, plus sérieusement, avec la vérité biblique.  

Les leaders chrétiens ne sont pas exempts d’avoir un statut ou des fonctions. Comment alors le statut présumé des leaders chrétiens façonne-t-il leurs fonctions dans la société ? Certains des échecs observés chez certains leaders chrétiens d’Afrique peuvent-ils venir de leur statut qui exerce une pression sur leurs fonctions – leur comportement et leurs actions ? Examinons ces choses avec des récits. 

Un jeune Africain était entré en Europe illégalement dans l’espoir d’obtenir un emploi et de se faire de l’argent. Mais son rêve ne s’était pas réalisé. Cet homme était un chrétien dévoué et même un leader parmi la jeunesse chrétienne de son pays avant de partir pour l’Europe. Un de mes amis a demandé à cet homme pourquoi il ne retournait pas chez lui puisqu’il enfreignait la législation et n’avait pas de travail. Le jeune homme lui a répondu qu’il ne pouvait pas retourner dans sa famille les mains vides. Ce serait trop honteux. Mon ami n’en croyait pas ses oreilles. Ceci est difficile pour un Européen, élevé là où la règle de droit est essentielle, de comprendre ce sens des priorités apparemment malavisé. A ceux issus d’une culture de l’honneur et de la honte, sauver la face occulte souvent l’obéissance à une loi – qu’il s’agisse de la législation, de la loi éthique, morale et/ou même théologique. 

Dans le livre This Way Thais Lead, Larry Parsons raconte l’histoire d’un homme riche qui a été arrêté et qui a reçu une amende de 200 baht pour un dépassement de vitesse. Cependant, au lieu d’aller payer l’amende, l’homme s’est rendu chez le commissaire de police et lui a proposé de l’amener manger au restaurant ensemble. Le repas lui a coûté 500 baht mais il a préféré faire cela plutôt que de payer l’amende. Pourquoi ? L’auteur explique que l’intention de cet homme n’était pas de soudoyer le commissaire de police mais plutôt de couvrir sa propre honte, si son dépassement de vitesse venait à être connu. Il était préférable pour lui de dépenser davantage d’argent pour amener le commissaire de police au restaurant que de subir la honte de payer une plus faible amende. Comment peut-on aboutir à une compréhension biblique des responsabilités légales et éthiques, et cependant reconnaître avec compassion le milieu culturel d’une personne ? Les attentes de beaucoup de remplir une fonction – avec le statut qui y est associé – peuvent être contraires aux Écritures, mais la contrainte de sauver la face les maintient liés au courant culturel. 

La pensée des hommes africains et thaïs trouve écho dans le récit biblique de Saül qui a désobéi au Seigneur et a perdu le royaume. Cependant, il a dit à Samuel, « J’ai péché! TOUTEFOIS […] continue à m’honorer devant les responsables de mon peuple et devant Israël. » (1 Sam 15.30, accent mis par l’auteur).   

Cette valeur profondément ancrée de préserver l’honneur en couvrant la honte, valeur ancrée depuis l’enfance, est rarement examinée rationnellement ou attentivement, soit par le leader ou par ceux qui sont dirigés. Elle n’est pas non plus abordée par ceux qui cherchent à « aider » ou « développer » le leader africain.  

Quelle est la réponse à ces paradoxes apparents du leadership en Afrique ? Comment pouvons-nous permettre à la Parole de Dieu de se heurter à notre éducation culturelle et à notre vision du monde, pour nous transformer à l’image de Christ ? J’apporte ci-dessous quelques suggestions : travailler à notre salut de manière plus complète, embrasser les images bibliques de leadership, être continuellement transformé et nous intégrer dans une communauté attachée à Dieu. J’espère que d’autres penseront à d’autres choses encore. 

1. Un travail plus complet de notre salut

L’enseignement du salut à travers l’Afrique s’est penché exclusivement sur les péchés pardonnés et la culpabilité enlevée. Cependant, une vérité équivalente est que la honte est également couverte. L’œuvre de Christ et la rédemption en Lui ne touchent pas uniquement la culpabilité, elle concerne aussi la puissance pour être libéré du péché, de la mort et de la peur liée à la honte et à la mort. Les leaders en Afrique ont besoin de cette compréhension complète des Écritures, ce sens de plénitude ou du shalom que Christ apporte. Le défi d’un récit du salut basé sur la culpabilité seule est que les leaders peuvent agir d’une manière non-biblique pour couvrir la honte, en croyant qu’ils peuvent demander pardon à Dieu plus tard. Leur vie est dichotomique lorsqu’ils traitent de la culpabilité, de la honte et même de la peur comme s’il s’agissait de réalités théologiques différentes. La Bible a pourtant autant à dire sur le pardon des péchés basés sur la culpabilité que sur la honte et la peur. 

It must also be taught that failure does not have to be associated with shame. In fact, failing can be a powerful step to greater honor if reflected upon and seized as an opportunity for learning and growing. If confession of sins and repentance are genuine, they mark the beginning of a new life, not the end of a life. 

Il faut également enseigner que l’échec ne doit pas être associé à la honte. En effet, l’échec peut être une étape puissante pour un honneur plus grand encore si l’on y réfléchit et que l’on saisit l’opportunité pour apprendre et croître. Si la confession des péchés et la repentance sont sincères, elles marquent le début d’une vie nouvelle et non la fin d’une vie. 

Hébreux 12.2 dit, « parce qu’il avait en vue la joie qui lui était réservée, [Jésus] a enduré la mort sur la croix, en méprisant la honte attachée à un tel supplice, et désormais il siège à la droite du trône de Dieu. » Jésus a en fait méprisé la honte, mais pour un but : pour la joie. A l’instar de Jésus, chaque leader devrait prendre sa propre croix et de même, mépriser la honte. 

Ce dont l’Afrique a besoin, ce sont de leaders transformés par les Écritures. Le Saint-Esprit œuvrant par la Parole de Dieu a le pouvoir de transformer tous les aspects d’une personne – que ce soit au niveau spirituel, mental, émotionnel, physique, écologique. La honte même peut être transformée en liberté en Christ. Seuls ceux qui ont expérimenté l’œuvre de transformation du Saint-Esprit dans tous les aspects de leur vie peuvent avoir une influence transformatrice là où ils vivent et travaillent. C’est ici que la piété personnelle commence à avoir le potentiel de changer une famille, une communauté, une société entière. 

Tout comme le salut dans son ampleur est à l’œuvre dans nos vies, le leader qui grandit à la ressemblance du Christ commence à refléter véritablement l’image biblique d’un leader, une image qui se comprend et qui s’embrasse. 

2. Embresser l’image biblique du leader comme berger, serviteur et gérant  

Une réflexion précise de l’image biblique des leaders est importante pour une transformation véritable du leadership en Afrique. L’histoire de David nous est d’une grande aide. David, un excellent leader, y est décrit comme un berger. « Il l’a pris du milieu de ses brebis pour qu’il soit berger de Jacob, son peuple, et d’Israël qui est sa possession. David fut pour eux un berger intègre qui les guida d’une main avisée » (Psaume 78.71-72). 

Berger

Guider est le rôle et la priorité d’un leader. Les paroles de Jésus à Pierre en Jean 21 étaient « Nourris mes agneaux » « Prends soin de mes brebis » « Nourris mes brebis » et vont tous dans la même direction. L’image d’un berger est une métaphore courante à la fois dans l’Ancien et le Nouveau testament. Une communauté sans leader attaché à Dieu est appelée « brebis sans berger » (Matt 9.36). Jésus s’est décrit comme le Bon berger, et a commandé à Pierre d’être un berger. Pierre a exigé la même chose des leaders de l’Église de la diaspora (1 Pierre 5.2), et Paul de l’Église à Éphèse (Actes 20.28). Être berger est le rôle primordial et le devoir de tout leader désigné par Dieu.  

La responsabilité première du berger est le bien-être du peuple, des brebis de Dieu. Il s’agit d’aimer et de nourrir le peuple de Dieu spirituellement, émotionnellement et dans tous les aspects de la vie. Il s’agit de donner la direction au peuple de Dieu, de leur faire porter leurs regards fidèlement et continuellement vers Celui qui est mort et ressuscité pour eux. Il s’agit de les protéger des faux enseignements en leur donnant un enseignement vrai, de les protéger de la tromperie (Phil 3.19). L’image du berger est une image du leadership.   e.  

Serviteur

Bien que le leadership serviteur soit l’image chrétienne du leadership dont on parle le plus, elle est également l’une des moins comprises. Une des raisons à cela est la limite des langues à travers les cultures. Un leader d’église d’Afrique de l’Ouest a un jour raconté à mon ami, qui avait parlé du leadership serviteur, que lui (le leader) ne pourrait jamais être un leader serviteur. Il a ajouté « Je ne me vois pas m’acquitter les tâches d’un domestique ». A l’instar de ce leader, chaque auditeur entend et interprète les mots sur la base des images et des expériences qui y sont associées. 

Dans la Bible en anglais, quatre mots grecs différents (deux essentiellement masculins et deux féminins) sont traduits par « serviteur ». Chaque mot était distinct dans l’esprit des auditeurs d’origine : παῖς (pais) – un garçon, un jeune, un enfant, un esclave ou serviteur (Matt 8.6) ; παιδίσκη (paidiskē) – une femme esclave (Matt 26.69) ; δοῦλος (doulos) – un esclave ou un sujet, (Romains 1.1). Cependant, le mot que Jésus emploie était διακονέω (diakoneō) – être au service de l’autre, aider, servir, prendre soin de (Matt 20.26). Il s’agit du mot de la même racine traduit par « diacre » en 1 Timothée 3. Autrement dit, la compréhension biblique du leadership serviteur est proche de la compréhension de l’Église d’Éphèse du rôle de diacre (1 Tim 3), plutôt que de la compréhension de notre ami d’Afrique de l’Ouest du rôle de domestique. En termes bibliques, les serviteurs répondent aux besoins et encouragent, ils permettent au peuple d’être ce pour quoi Dieu les a créés et appelés à faire.  

Gérant

À un gérant est confié les gens, leurs compétences, leurs dons et toutes les ressources que Dieu a accordés à son peuple. Il ou elle est redevable. L’intendance est l’attribut, la qualité et le trait d’un leader attaché à Dieu. 

Le vrai leadership et l’autorité proviennent de la droiture à la fois des individus et des nations (Prov 14.34). Il n’y a pas de service sans intendance. Et la vraie intendance ne vient que d’un cœur de serviteur. Un leader qui cherche le royaume de Dieu devrait avoir une perspective de gérant sur la vie. Il est dans un état continu d’être et de devenir, alors qu’elle ou il gère ses dons et talents, les gens, la confiance des autres et les ressources, tous comme étant des dons venant de la main du Seigneur. Il est toujours en cours de croissance et de développement, tout en développant les autres afin qu’ils soient de vrais gérants des dons et de la grâce. 

Ces images créent pour les leaders africains une vision complète de leur statut et de leur fonction, l’attitude d’attachement à Dieu derrière leur leadership et la redevabilité attendue d’un berger attaché à Dieu. Sa valeur communautaire forte fait le lien avec leur éducation et leur nouvelle vie en tant que berger sous la direction du Christ. 

Poursuivre le chemin du discipulat en tant que personne sauvée par grâce et embrasser les images bibliques d’un berger, d’un serviteur et d’un gérant, ouvrent la voie à une transformation encore plus profonde – à la fois chez le leader et au sein de la communauté. 

3.  Des leaders transformés transforment les communautés 

Alors que le leader chrétien sur le chemin du disciple fait l’expérience de l’œuvre de transformation, l’essentiel du leadership chrétien, tout comme celui de Christ, devrait être la transformation des gens, des familles, des communautés et des sociétés pour « que tout disciple bien formé [soit] comme son maître. » (Luc 6.40). Pour un leader transformationnel, la question centrale est l’être et l’identité fondamentale du leader. L’essentiel de tout leader chrétien doit tout d’abord être soumis à l’œuvre du Saint-Esprit dans la transformation, avant qu’il ou qu’elle ne puisse être un leader transformationnel (Rom 12.2). L’être du leader est le fondement sur lequel repose le leadership.  

Peter Koestenbaum écrit, « les erreurs résident dans la pensée selon laquelle les êtres humains s’améliorent si le système change. C’est oublier le côté personnel, puisque la transformation plus profonde nécessaire (…) est un acte de volonté : (…) Et cette détermination vient d’une partie différente de l’âme – le cœur et non la tête ; le côté personnel et non stratégique » (47). Les leaders ne doivent pas uniquement diriger depuis le cœur mais ils ont besoin de diriger au cœur. Il s’agit là du leadership qui transforme contextuellement. Et c’est le genre de leadership chrétien dont notre contexte africain et notre monde ont besoin de toute urgence. Il s’agit de conduire le peuple de Dieu à aimer et servir Dieu de tout leur cœur, de toute leur pensée et de toute leur force. 

Pour une œuvre profonde de transformation, le développement du leadership en Afrique doit inviter les leaders à articuler leur philosophie du leadership sous-jacente et souvent inconsciente, leurs croyances et leurs valeurs concernant le leadership. Les attitudes, les comportements et les choix se rapportent souvent à l’état spirituel, à la disposition théologique, à la sensibilité morale, aux attentes culturelles, aux influences de la communauté et/ou de l’environnement, aux loyautés de notre vie. Des mentors et des conseillers sages peuvent cheminer avec un leader pour découvrir ce qui se cache derrière leurs actions de leadership. Il n’y a pas d’autre manière d’aller au fond de ce qui fait du leader la personne qu’il ou qu’elle est. 

L’appel au leadership est l’appel à venir et à mourir – y compris à nos prédispositions culturelles ou à un arrière-plan particulier et à notre éducation. Venir et mourir est une invitation à une vie nouvelle dans laquelle Christ règne. « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. » (Col 3.3). Combien de leaders dirigent comme des hommes ou des femmes morts ? 

Le leadership transformationnel signifie que le leader et ceux qui sont dirigés marchent par l’Esprit ensemble, en tant que porteurs de l’image de Dieu, et en accomplissant les desseins de Dieu. Ces desseins trouvent leur expression, tel qu’exprimé dans le Petit catéchisme de Westminster, que « La fin principale de l’Homme est de glorifier Dieu, et de jouir de lui éternellement. » 

4.  Créer une communauté de personnes engagées 

Tout comme les attentes d’une communauté à l’égard de son leader peuvent exercer une pression négative sur le leader, ainsi des communautés vivant dans la droiture peuvent influencer un leader vers une ressemblance à Christ.  

Malachi 3:16 gives us a biblical option to consider: “Then those who feared the Lord spoke to one another, and the Lord gave attention and heard it, and a book of remembrance was written before Him for those who fear the Lord and who esteem His name.” The strength to stand is found in a new and godly community, formal and informal, where those who fear the Lord speak often one to another, encouraging and supporting each other. 

Malachie 3.16 nous donne une option biblique à étudier : « Mais ceux qui craignent l’Eternel se sont entretenus les uns avec les autres, et l’Eternel a prêté attention à ce qu’ils se sont dit. Il les a entendus, alors on a écrit un livre devant lui pour que soit conservé le souvenir de ceux qui craignent l’Eternel et qui l’honorent. » La force de tenir bon se trouve dans une communauté nouvelle et attachée à Dieu, formelle et informelle, où ceux qui craignent l’Eternel se parlent souvent, en s’encourageant et en se soutenant.  

Il est donc nécessaire et en réalité il est urgent, de créer un Réseau de leaders chrétiens intègres dans des pays d’Afrique. Pour que les leaders individuels se lèvent pour s’attacher à Dieu dans leurs situations difficiles, ils ont besoin d’un groupe de gens qui les soutiennent en étant engagés de la même manière. Un tel groupe devient une communauté autour de tels leaders lorsqu’ils sont confrontés à la menace de l’isolement par ceux qui ont choisi une voie moins digne de Dieu. Une communauté de soutien peut également fournir un forum approprié pour de tels leaders afin qu’ils soient surveillés et corrigés par des personnes aux âges et aux statuts semblables.  

Comme il a été rappelé plus haut, un leader peut s’accrocher au pouvoir non pour le pouvoir en lui-même mais parce que son identité est celui de son statut et de sa fonction. Ceux qui seuls défendent ce qui est juste ou qui quittent leurs fonctions sont confrontés au risque d’être perdant. Ils peuvent être considérés comme des gens qui ont gaspillé une opportunité pour la communauté ou une position prestigieuse. Ils ne sont pas juste un individu occupant une position. Bien plus, toute la communauté partage cette position. Cependant, rester dans certains contextes corrompus équivaut à se compromettre ou à se corrompre soi-même.  

L’une des expériences les plus douloureuses pour une culture de la honte est d’être isolé ou accusé de faire honte à sa famille ou sa communauté. C’est quelque chose à éviter et à rejeter dans la communauté à laquelle on appartient. L’inclusion est un besoin clé dans une culture de la honte. On craint par conséquent l’isolement, et la menace d’isolement peut conduire quelqu’un à se compromettre.  

Ainsi, pour aider les leaders africains dans l’église et dans les nations qui embrassent un nouveau paradigme de leadership, il est impératif que nous abordions la question de l’isolement et de la crise d’identité. Pourtant, peu articuleraient leurs sentiments en ces termes. Les leaders chrétiens en Afrique doivent être intentionnels dans la création d’une communauté qui peut soutenir le leader qui cherche la justice. 

Conclusion

Pour la plupart en Afrique, le modèle le plus naturel de leader est celui du chef du village. Et sûrement le roi du village est plus proche de l’idée biblique d’un berger que des fonctionnaires nationaux ne peuvent l’être. Mais le temps est venu de démarrer une conversation sur la création d’un nouveau modèle – un modèle qui prend avec courage le meilleur du chef du village, le meilleur des idéaux démocratiques et qui les soumet tous à l’évaluation biblique, pour conduire à la plénitude des personnes et des communautés. C’est la discipline d’amener une transformation basée sur les Écritures pour répondre à la compréhension du leadership sur le modèle du chef.   

En réalité, chacun de nous peut apprendre beaucoup des exemples de leadership avec lesquels nous avons grandi. Peut-être avez-vous grandi dans l’aire urbaine de Manille ou dans une ferme de Nouvelle-Zélande ou dans un village de pêche de la côte méditerranéenne. Tout comme les bons principes qui caractérisent le leadership africain peuvent être rachetés et réorientés à la lumière des Écritures, de même les caractéristiques du leadership émanant d’autres cultures peuvent être rachetées et réorientées à la lumière des Écritures. 

Cependant, pour comprendre et apprécier pleinement l’influence des modèles culturels profondément ancrés, il est nécessaire de s’engager dans une réflexion dirigée par le Saint-Esprit, pour examiner avec compassion et cependant dans un esprit critique là où nous en sommes. La prédominance de l’organisation du village tend à disparaître en de nombreux endroits d’Afrique. Et les cultures de votre passé peuvent également être en phase de disparaître. Cependant, je crois que nous pouvons être nourris par nos racines en vue de croître vers un nouveau leadership biblique pour l’avenir, l’avenir d’un monde qui partout a désespérément besoin de leaders attachés à Dieu. Il y a beaucoup à apprendre, beaucoup de recherches à mener et beaucoup de choses à changer. Le chemin n’est pas simple. Commençons donc !  

Questions de discussion

  1. Selon vous, quelle est votre identité principale ? 
  2. De quelles manières avez-vous observé les leaders émergents et le leadership dans votre culture, village et foyer ? 
  3. Quels étaient vos leaders héros en grandissant et qu’est-ce qui vous attirait chez ces personnes ? Votre héro a-t-il changé ? Pourquoi oui et pourquoi non ?  
  4. Qu’examinez-vous en premier lieu avec de prendre une décision ? Pensez-vous à l’impact que cela aura sur votre famille et votre communauté ? Avez-vous peur d’avoir honte ? Pensez-vous à votre relation avec Jésus en premier lieu ? 
  5. Comment utilisez-vous les Écritures dans votre processus de prise de décision ?  
  6. Lisez 1 Sam 9.21 et 1 Sam 15.17-19 sur Saül et 1 Sam 13.14, 1 Sam 17.34-37, et Ps 78.70-72 sur David. Pour chaque roi, comment leur éducation et leur expérience les a formés en tant que leaders ? 

Références

  • Koestenbaum, Peter. Leadership: The Inner Side of Greatness, a Philosophy for LeadersSan Francisco: Jossey-Bass, 1991. 
  • Persons, Larry S. The Way Thais Lead: Face as Social Capital. Chiang Mai, Thailand: Silkworm Books, 2016 

Les citations bibliques sont tirées de la Bible du Semeur, copyright © 1992, 1999. 

BDAG: Bauer, Walter. A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature). Edited by Frederick W. Danker. 3rd ed. Chicago: University of Chicago Press, 2000. 

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