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L’humilité de ce que nous ne savons pas :

mon histoire de service en tant que président et scientifique dans une université laïque

Traduit par Richard Ouellette

Je crois que la raison d’être de l’université est de réfléchir aux questions et aux mystères de la vie de manière concertée, de créer et partager le savoir, d’inspirer les nouvelles idées et d’encourager les gens à maximiser leur potentiel de créer un monde meilleur. Je crois également que mon cheminement spirituel et ma philosophie du leadership axé sur le service contribuent essentiellement au soutien et au développement d’une telle vision des choses.

Ainsi, je sens qu’il n’y a aucune tension entre le milieu universitaire laïque et ma foi. Les différents points de vue, les questions et les dilemmes exposés et examinés à l’université réaffirment et fortifient ma foi. Jésus a dit en Matthieu 22.37 : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. » La mention « de toute ta pensée » nous invite à faire une place aux différents discours et au dialogue, de même qu’aux questions difficiles dans notre vie spirituelle.

Je n’ai jamais imaginé au départ qu’un jour, je serais appelé à être le haut-dirigeant d’une université. Je suis devenu universitaire en raison de ma curiosité naturelle et de ma passion pour les sciences. Cette passion et cette curiosité m’ont amené à entreprendre une carrière en médecine et en biologie.

Mes recherches ont porté sur l’étude du système immunitaire, sur l’inflammation oculaire et sur la dégénérescence maculaire associée à la vieillesse – une des principales causes de la cécité. Il a été découvert que la détection et le traitement précoce pouvaient réduire la perte de vision et permettre à plus de gens de jouir de leurs années de retraite et de maintenir leur autonomie personnelle.

Tandis que je progressais dans ma carrière universitaire, j’ai également commencé à assumer des responsabilités de gestion et de leadership, d’abord à l’Emory University, puis à la University of Cincinnati, et actuellement à l’University of British Columbia. Mon style de leadership personnel est basé sur une approche de la direction axée sur le service. Un leader se doit d’adopter une attitude empreinte d’humilité et de respect d’autrui. En tant que président d’une université, je rencontre et je travaille avec toutes sortes de gens. Mon style personnel est de me considérer comme leur serviteur.

Un leadership axé sur le service n’empêche pas qu’il me faille parfois prendre certaines décisions difficiles ou défendre mon point de vue ; mais le principe sur lequel je m’appuie dans mes interactions avec autrui est celui du respect mutuel. Ce qui me motive en partie à accorder une place aux organisations, aux sociétés et aux individus privés de pouvoir est de me rappeler ce que cela signifie de se sentir sous-évalué. L’autre partie vient de ma foi. Jésus a affirmé en Marc 10.45 : « Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour beaucoup. »

En tant que doyen d’université, ma conception du service est agnostique en matière de dénomination ou de foi. Ma responsabilité est de veiller au bien-être des autres et de mettre l’accent sur eux. Ainsi, un des fondements de ma foi chrétienne est de me montrer respectueux et d’offrir mon soutien à tous les groupes religieux, ainsi qu’aux étudiants qui sont en recherche ou qui ont décidé que la foi chrétienne ne leur convenait pas.

Mon propre cheminement a été grandement influencé par l’exploration personnelle de la science et de la foi. Je suis né à Vancouver, en 1962, quelques années après que mes parents aient immigré du Japon en Amérique du Nord. À cette époque, mon père était professeur de mathématiques à l’université de la Colombie Britannique (UBC). Mes parents n’étaient pas croyants et ils ne pratiquaient aucune religion. De la maternelle à l’école secondaire, je n’ai eu aucune idée de ce qui se passait dans les églises. Les seules fois où, en tant que famille, nous sommes entrés dans une église étaient pour assister à un concert.

Ma première rencontre avec Dieu et Jésus a eu lieu durant ma première année d’études à l’ University of Chicago. Vue la nouvelle liberté dont je jouissais loin du milieu familial et de l’influence de mes parents, je faisais souvent la fête et j’avais pris l’habitude de m’enivrer tous les weekends. En fait, un tel comportement était attribuable en partie à l’insatisfaction considérable que je ressentais au plus profond de mon être, mais je ne le savais pas à l’époque.

Heureusement, j’avais deux amis qui étaient très actifs dans une Église sur le campus et ils ont commencé à m’inviter aux cultes et aux rencontres d’InterVarsity Christian Fellowship, le mouvement de l’IFES aux États-Unis. Ils m’ont également invité dans leur famille et à leurs Églises locales. Je me rappelle le sentiment particulier qui m’habitait lorsque je pénétrais dans ces églises. Je sentais un frisson me traverser le corps lorsque je m’agenouillais pour prier, sans vraiment comprendre ce que cela voulait dire.

Après l’obtention de mon diplôme de la University of Chicago, je suis rentré au Canada pour y entreprendre des études de maîtrise en médecine expérimentale à l’université McGill. C’est là que j’ai fait la connaissance d’une collègue également étudiante de deuxième cycle Elle jouait du piano ; je jouais du violoncelle. Elle s’appelait Wendy Yip. Nous nous sommes fréquentés durant quelque temps et elle est finalement devenue ma femme.

Wendy m’a amené à son Église locale et nous avons passé des heures innombrables à discuter des difficultés que j’avais à croire en Dieu et en Jésus. À cause de ma formation scientifique, j’étais habitué à m’appuyer sur des preuves empiriques, et je ne voyais rien qui puisse me prouver l’existence de Dieu ou de Jésus.

Après de nombreuses conversations, j’ai assisté à l’école du dimanche pour les enfants de 11 ans, et grâce à un pasteur en particulier qui a bien voulu m’accompagner dans le processus de réflexion, j’ai finalement trouvé la foi et cette dernière est devenue plus solide de jour en jour. Je n’oublierai jamais lorsque j’ai été baptisé à la Westmount Baptist Church, au cours d’une journée particulièrement ensoleillée et glorieuse, le jour de Pâques.

Aussi, j’ai vécu un moment charnière lorsque j’exerçais la fonction de vice-recteur principal responsable des questions académiques à la Emory University, en Atlanta. Emory avait été à l’origine une université méthodiste, mais elle était devenue depuis laïque et multiconfessionnelle. J’ai alors discuté des enjeux de la foi avec le président de l’université de l’époque, Jim Wagner, ainsi qu’avec un professeur que j’admirais énormément, Tom Flynn, prêtre catholique.

Le président Wagner était relativement ouvert par rapport à sa foi (il était presbytérien), mais il m’a rappelé qu’en tant que haut-gestionnaire, il était important que je respecte et soutienne le personnel, les enseignants et les étudiants, quelles que soient leurs convictions religieuses, sans oublier ceux qui avaient choisi de ne pas croire. Le professeur Flynn, de son côté, se montrait plutôt discret par rapport à sa foi et il m’a encouragé à la prudence dans mon engagement de foi en me suggérant d’être un « chrétien circonspect »

Après plus d’une année à peser le pour et le contre des deux options, j’ai choisi d’adopter le profil du chrétien circonspect. En fait, j’ai pris l’engagement ferme de soutenir tous les étudiants d’Emory University, toutes confessions confondues. J’ai conservé cette approche à la University of Cincinnati et à UBC où je sers actuellement, tout en n’étant pas du tout discret au sujet de ma foi chrétienne.

La foi et la science peuvent-elles coexister au sein d’une université laïque ? La « tension » est entre la science, d’un côté, qui s’appuie sur des preuves empiriques, et la foi, d’un autre côté, qui est quelque chose qui transcende la compréhension humaine. Lorsque nous prenons la décision consciente de mettre notre foi dans une religion en particulier, que cette foi soit basée sur des références indirectes à l’histoire, sur la Bible, ou sur un autre document fondateur, nous faisons alors un pas de foi.

J’ai été formé en tant que scientifique à faire la démonstration empirique de tout, à n’affirmer que quelque chose est vrai que sur la base de données probantes qui soutiennent ce point de vue ou cette affirmation. Toutefois, l’un des privilèges associés au fait d’être un scientifique est celui de commencer à comprendre les limites de la compréhension humaine et de la conceptualisation humaine des choses qui transcendent notre capacité de les expliquer, voire d’en faire la preuve.

Mes recherches ont porté sur le fonctionnement de l’œil et sur le système immunitaire. Une bonne partie du fonctionnement du système immunitaire a été découverte au cours de ma vie et ce mécanisme est véritablement remarquable. Ayant été ainsi l’observateur et le témoin privilégié du fonctionnement du système immunitaire, je peux confirmer qu’il est si complexe, qu’il met en jeu un si grand nombre de freins et de contrepoids, qu’il y a tellement de niveaux de complexité, que le plus brillant des ingénieurs n’aurait jamais pu concevoir le système immunitaire tel qu’il fonctionne.

En tant que scientifique, le point central de ma foi repose sur la découverte qu’une diversité considérable et étonnamment complexe de biodiversité existe au-delà des explications que pourrait fournir le plus intelligent des êtres humains. J’ai entamé mon cheminement de foi en ayant l’esprit plutôt fermé, convaincu que les seules choses qui étaient vraies étaient celles qui pouvaient être prouvées empiriquement. Mais plus mes connaissances en science expérimentales se sont approfondies et plus j’ai pu apprécier le fait que beaucoup de ce qui existe dans ce monde ne peut être expliqué ou prouvé. Cette découverte a non seulement élargi mes horizons en matière de pensée, mais elle est devenue la force pivotale de ma foi.

Ma compréhension de la science a changé lorsque je suis devenu chrétien. Par ailleurs, ma conception de la religion a changé aussi, et elle continue de changer parce que je demeure un scientifique attentif et actif. Être un scientifique me pousse à réfléchir à la Bible et à me demander si les récits bibliques sont littéraux ou figuratifs. Aussi, ma foi influence la manière dont je réfléchis aux données de recherche ; j’essaie de discerner les erreurs potentielles derrière ces données et de me montrer continuellement prudent par rapport à la manière dont je les interprète en tant que scientifique.

En osant questionner certains a priori de notre foi, je pense que nous devenons des individus plus solides. Un réel cadeau dans notre marche spirituelle est celui de grandir en tant qu’individu, notre foi devenant alors plus ancrée parce que nous nous posons continuellement des questions et nous mettons parfois en question certaines de nos décisions. Une telle disposition est au cœur même de ce que cela signifie d’innover.

Tout comme les meilleures universités sont des endroits où les gens jouissent de la liberté d’exprimer leurs différents points de vue, pour ensuite changer d’opinion ou être confortés dans leur conviction grâce à un dialogue honnête, je crois que les Églises locales les plus solides sont des endroits où nous examinons ensemble les incohérences et les différences d’opinion de chacun, en faisant preuve d’humilité devant ce que nous ignorons.


Questions de discussion

  1. En quoi votre marche spirituelle peut-elle vous rendre plus ouvert à de nouvelles connaissances en tant qu’étudiant ou professeur ?
  2. Comment procède-t-on pour se poser des questions et accueillir l’innovation dans notre vie spirituelle ?
  3. La foi et la science peuvent-elles coexister au sein d’une université laïque ?
  4. Jésus a affirmé en Marc 10.4-5 : « Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour beaucoup. » Le leadership axé sur le service est-il une approche réaliste dans la société complexe et parfois exigeante d’aujourd’hui ?

Lectures recommandées

  • Collins, Francis S. De la génétique à Dieu : La confession de foi d’un des plus grands scientifiques. Traduit par Alessia Weil. Paris: Presses de la Renaissance, 2010. Collins est un physicien et généticien reconnu pour ses découvertes majeures entourant les gènes pathogènes et pour son leadership au sein du Projet de génome humain ; il est également directeur du National Institutes of Health (NIH), à Bethesda, au Maryland, aux États-Unis.

Lecture suggérée

Les citations sont tirées de la Bible du Semeur, Copyright © 1992, 1999. Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés dans le monde entier.

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