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Photo: Unsplash

La vie en première ligne

La grâce dans la lutte ardue du ministère parmi les étudiants en Afrique du Nord

Il faisait très chaud ce jour-là. Peut-être 36°. Heureusement, le poste de police était climatisé. J’ai jeté un coup d’œil autour de la pièce, mes paumes couvertes de sueur. Deux officiers sont entrés. Seigneur, au secours ! Donne-moi les mots justes. Une paix sans équivoque est venue calmer mon cœur. Je suis là, ai-je entendu Dieu me dire. Tout est entre mes mains. Nous étions prêts. 

L’un des officiers a ouvert son carnet et il m’a regardé avec insistance : 

« Êtes-vous toujours chrétien ? » 

C’est ainsi que l’interrogatoire a commencé.  

Abdullah* travaille au sein du mouvement de l’IFES dans un pays musulman en Afrique du Nord. Il a laissé l’islam pour adhérer au christianisme alors qu’il était étudiant et il consacre désormais ses journées à partager avec les étudiants l’espérance qu’il a trouvée en Jésus. Mais la terre est dure. Les étudiants qui se convertissent à la foi chrétienne sont considérés comme des traîtres envers leur pays. Ils doivent s’attendre à vivre une énorme opposition de la part de leur famille. Certains risquent de perdre leur place à l’université, d’autres à subir des agressions physiques.  

Le ministère parmi les étudiants dans un tel contexte est un combat ardu et continuel. L’année dernière, les choses se sont envenimées pour Abdullah, lorsqu’il a été convoqué par la police pour subir un interrogatoire. Il nous partage le récit de sa vie en première ligne. 

Sous la pression

Oui. Je suis toujours chrétien. Je me suis efforcé de répondre calmement et avec assurance. Je compte bien le demeurer jusqu’à la fin de ma vie. 

Les officiers de police se sont montrés étonnamment amicaux, mais ils avaient un travail à accomplir. L’interrogatoire s’est poursuivi pendant trois heures. Ils m’ont questionné sur mon Église locale, mes activités, ma femme – demandant noms, adresses, dates, détails… Ce fut la première de quatre visites auprès des autorités. Toujours les mêmes questions. Lors de ma quatrième visite, j’ai parlé avec le chef de la police. Il m’a dit de me repentir et de revenir à l’islam. Il n’y a pas de place pour vous dans ce pays en tant que chrétien. 

Ils sont venus fouiller ma maison également. Ils ont passé au crible tous mes biens. Ils ont noté les titres des livres chrétiens et des brochures qui se trouvaient sur mes étagères. Ils ont confisqué mon passeport durant plusieurs mois. J’ai ainsi raté plusieurs rencontres importantes de l’IFES. Lorsqu’on m’a finalement permis de me rendre au bureau des passeports pour le récupérer, il m’a fallu faire la queue en compagnie d’individus qui avaient été impliqués dans des activités terroristes. Ils doivent me considérer comme un traître, eux aussi, ai-je pensé alors. 

Des luttes internes 

Ce fut une saison difficile. L’une des choses les plus dures à supporter était de voir l’impact de tout cela sur les étudiants chrétiens que je connaissais. Ils étaient terrifiés à l’idée que la même chose leur arrive. Certains d’entre eux ont ainsi souhaité avoir moins de contacts avec moi. C‘était vraiment douloureux. Bien sûr, je gardais confiance en Dieu. Et je désirais me réjouir des souffrances endurées. Mais j’étais aussi en lutte intérieurement. Il en était de même de ma femme. On nous a alors offert l’opportunité de quitter le pays pour un endroit beaucoup plus ouvert. Mais nous avons choisi de rester. Je ne voulais pas quitter ce ministère naissant. Je désirais le voir grandir et se développer. Je tenais à rester et voir d’autres croyants prendre le volant et poursuivre le travail entrepris. 

Engagement ou compromission 

Nous voyons beaucoup d’étudiants prendre leurs distances. Exposés à la persécution et au sacrifices à faire, ils se demandent si le combat en vaut la peine. Ils sont environnés au quotidien de fortes influences islamiques – et même séculières maintenant – à l’université. Plusieurs nouveaux croyants étaient impliqués dans des mouvements politiques ou religieux lorsqu’ils ont entendu parler du Christ, plusieurs étudiants avaient établi une relation amoureuse avec un(e) ami(e) musulman(e). Il leur faut renoncer à beaucoup de choses. 

Supposons que nous ayons un contact avec sept chrétiens pratiquants au cours d’une année : trois d’entre eux seront engagés, mais les quatre autres demeureront à la périphérie, préférant la voie du compromis. 

Assoiffés de communion fraternelle

Un autre énorme défi est que même après avoir fait profession de foi au Christ, l’étudiant sera hésitant à se joindre à une Église locale – et très peu d’entre eux accepteront de s’impliquer dans un groupe étudiant sur le campus. Ils sont d’arrière-plan musulman où il n’y a aucune obligation qu’ils fréquentent régulièrement une mosquée en particulier. Le vendredi, le musulman à la liberté de se rendre à la mosquée de son choix. C’est pourquoi il est habituel de voir un certain laxisme par rapport à la communion fraternelle chez certains nouveaux croyants. C’est un processus en deux phases : d’abord, ils doivent être persuadés d’adhérer à la foi chrétienne ; puis, ils doivent être encouragés à se joindre à une communauté chrétienne. 

Enseigner et équiper ces jeunes convertis est un réel défi, plus particulièrement pour ceux qui sont isolés sur le plan géographique.  Il n’y a sans doute aucune église dans leur région, voire aucun autre chrétien sur leur campus. Pour certains, il est possible qu’il y ait un ou deux autres croyants à leur université – souvent des étudiants internationaux – et nous nous efforçons de les mettre en contact. Les liens fraternels sont un défi parce qu’ils parlent souvent une autre langue, mais c’est mieux que rien. Je voyage pour les rencontrer lorsque je peux, mais ce n’est pas facile de rejoindre ceux qui sont à 200 ou 300km de distance.

Lente mais constante 

Je suis impliqué dans le ministère parmi les étudiants depuis plusieurs années maintenant. Je ne me suis jamais attendu à des résultats fabuleux, mais je n’avais pas idée à quel point le travail serait difficile. Et pourtant, au milieu de cette lutte ardue, je fais l’expérience de la grâce. Je vois Dieu à l’œuvre. Je me rappelle qu’il a dit: Ceci est entre mes mains. La croissance est lente, mais constante. Chaque année, quelques étudiants se tournent vers le Christ. C’est ce qui me donne le goût de continuer. Certains qui ont professé le Christ prennent ensuite leurs distances, mais d’autres tiennent bon. C’est tellement encourageant lorsque vous voyez un diplômé chrétien s’engager pour servir au sein de l’Église ou dans d’autres ministères. Ce fut une réelle bénédiction de participer au ministère parmi les étudiants, disent-ils.

Ainsi, nous poursuivons le travail, nous plantons les semences et nous prions chaque jour : Dieu, envoie des ouvriers dans ce champ de moisson considérable. 

*Le nom a été changé   

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