Asia Christian Fellowship, UNO

De Myanmar au Nebraska

Libérer les étudiants pour atteindre les réfugiés aux États-Unis

Alee a rencontré Sha K’ Paw le 20 juin, lors de la Journée mondiale des réfugiés. Il était bénévole, et donnait un coup de main dans la joyeuse pagaille qui régnait entre le maquillage, le tournoi de foot et le défilé de mode. Les festivités annuelles à Omaha, États-Unis, avaient toujours attiré les foules, et cette année-là n’avait pas fait exception. Alee, équipière d’InterVarsity, était chargée de coordonner l’équipe de bénévoles.

Jusque-là, ils n’avaient jamais eu beaucoup de lycéens bénévoles, alors elle était frappée de voir que ces jeunes s’étaient portés volontaires. Elle s’est mise à discuter avec deux d’entre eux, Sha et son ami, Sunkist, deux réfugiés karens de Myanmar. Il se trouvait qu’ils prévoyaient d’entrer à l’université du Nebraska à Omaha (UNO) à la rentrée suivante. Ce détail a attiré l’attention d’Alee… Elle avait déjà rencontré des enfants karens, mais pas des jeunes karen qui prévoyaient de faire des études universitaires. Ils ont continué à discuter, et elle a alors tenté le tout pour le tout : « Êtes-vous des disciples de Jésus ? »

Sha K’ Paw

Sha K’ Paw était né au Myanmar, un pays d’Asie du Sud marqué par une longue guerre civile dévastatrice. À l’âge de sept ans, il était parti vivre dans un camp de réfugiés en Thaïlande, où il est resté six ans, sans ses parents. La vie était simple : tous les jours, Sha allait à l’école, jouait avec ses amis et mangeait du riz avec de la soupe de haricots mungo. Son dortoir était géré par des chrétiens qui apprenaient aux enfants à lire la Bible et à prier tous les matins et tous les soirs.

Photo by Dinis Bazgutdinov on Unsplash

À 12 ans, Sha est parti pour les États-Unis avec sa tante, en quête d’une vie meilleure, et a soudainement été plongé dans un monde totalement étranger : la culture, la langue, les gens, tout était différent. Il écrit :

« J’avais entendu des gens raconter des histoires sur les « pays tiers » (pays où les réfugiés finissent par s’installer). J’avais entendu qu’il y avait beaucoup de nourriture, une éducation de qualité, une grande liberté et des opportunités. Et quand je suis arrivé aux États-Unis, j’ai pu constater que ces histoires étaient vraies : il y avait beaucoup de bonnes choses dans ce pays. Mais il y avait aussi des défis. Je n’avais plus à m’inquiéter d’avoir l’estomac vide, mais je devais faire attention à ne pas trop manger. Je n’avais plus à me soucier de la guerre, mais je ne parlais pas anglais, et j’avais du mal à l’école et à comprendre la culture. Je n’avais plus à vivre dans la peur, mais je m’inquiétais encore pour mon avenir.

Adolescent, j’ai regardé en arrière et j’ai réalisé de quelle façon Dieu avait dirigé ma vie et m’avait protégé. Il y avait eu des moments dans ma vie où je m’étais senti seul et abandonné, mais Dieu était là avec moi. Il y avait eu des moments où j’avais voulu baisser les bras, mais Dieu m’avait fortifié. C’est en prenant véritablement conscience qu’il avait été un Père et un Sauveur pour moi tout du long que je l’ai accepté comme mon Seigneur et Sauveur, sans douter, ni me poser de questions. Je suis passé par les eaux du baptême le 5 mars 2011, à l’âge de 15 ans. »

Une réponse à la prière

Comme tous les membres du personnel le savent, rencontrer des lycéens chrétiens qui s’apprêtent à entrer à l’université est une opportunité en or. Il vous suffit d’obtenir leur numéro de téléphone et vous pouvez directement les mettre en contact avec un groupe étudiant, avant même qu’ils n’aient mis les pieds sur le campus.

Mais Alee a rencontré Sha à une période où son équipe du personnel d’InterVarsity priait pour atteindre tous les recoins du campus. Ils avaient discuté du fait que chaque personne atteinte est en contact avec un réseau ou un groupe de personnes. En repensant à leurs prières, Alee a pris conscience de l’opportunité qui se présentait à elle. Libérer, au lieu de recruter. Voilà en quoi consistait le ministère étudiant d’InterVarsity. Ces deux jeunes chrétiens pouvaient être ajoutés à un groupe étudiant en plein essor à l’UNO. Ou alors ils pouvaient être formés et habilités à créer leur propre groupe, et ainsi atteindre d’autres réfugiés karens. La réponse paraissait évidente.

Mookata

Après avoir rencontré Alee lors de la Journée mondiale des réfugiés, Sha et quelques-uns de ses amis ont été mis en contact avec les membres du personnel de l’UNO. Ils ont fait connaissance autour du mookata (barbecue thaï), et une fois arrivés à l’UNO pour entamer leur première année, ils ont commencé à étudier la Bible ensemble. Sha et quelques autres ont suivi une formation de disciples et peu après, ils dirigeaient eux-mêmes les études bibliques et parlaient de Jésus à leurs amis : « Mes amis doivent savoir que Jésus les aime ; quelqu’un doit leur en parler, et je suppose que cette personne, c’est moi. »

Asian Christian Fellowship, UNO

Le groupe s’est développé, à mesure que d’autres étudiants karens entendaient parler du groupe étudiant et le rejoignaient. Sha réfléchit à cette période de croissance :

« J’ai continué à grandir progressivement ; j’apprenais tout en assumant des responsabilités. Quelques-uns d’entre nous avons également prié pour la mission de Dieu sur notre campus, et le groupe s’est étoffé cette dernière année. C’est grâce à l’investissement de nos équipiers en nous que nous avons pu grandir, et bien entendu à l’Esprit Saint qui nous a dirigés. »

La fidélité de Dieu pour les peuples pèlerins

Pratiquement tous les étudiants karens sont les premiers de leur famille à étudier aux États-Unis. La plupart d’entre eux, comme Sha, ont grandi dans des camps de réfugiés avant d’arriver en Amérique. Quand ils sont arrivés, ils ne parlaient pas anglais, ou quelques mots seulement. Leurs parents encore moins. C’était aux enfants d’aider leurs parents à s’adapter à cette nouvelle culture, à jouer les interprètes, aller à la banque, lire le courrier. Ces jeunes ne connaissent que trop bien les difficultés liées au déracinement.

Photo by Yoshua Giri on Unsplash

Le groupe d’environ 25–30 étudiants réfugiés à l’UNO a étudié le livre de l’Exode, et découvert l’histoire du peuple de Dieu en fuite. Ayant constaté la fidélité de Dieu dans la Bible et dans leurs propres souffrances, les étudiants souhaitent que d’autres puissent le rencontrer à leur tour. Certains d’entre eux ont même commencé à établir des contacts au sein des autres communautés de réfugiés qui les entourent. Un étudiant, Manger, dit :

« Je suis encouragé par mon expérience en tant qu’ancien réfugié et étudiant universitaire de première génération. J’ai expérimenté l’amour de Dieu tout au long de ma vie et je veux le partager avec d’autres. Je veux voir le réveil au sein de ma communauté, de l’Église, dans les foyers et à l’école. »

Il est merveilleux de constater qu’une discussion informelle lors d’une rencontre communautaire il y a quelques années a donné naissance à un ministère étudiant florissant. Si cette histoire est encourageante, elle doit également nous interpeller. Est-ce que comme Alee, nous prions pour avoir des occasions d’atteindre de nouveaux recoins de notre campus ? Combien d’autres réseaux pourraient être atteints cette année si nous étions plus nombreux à adopter cette mentalité qui consister à libérer, au lieu de recruter ? Cherchons-nous à partager la fidélité de Dieu avec ceux qui nous entourent ?

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