TABLES ET ÉTOILES  

Réflexions sur l’hospitalité et la bonté 

Lorsqu’on sort de ce qui est familier, en dehors de sa zone de confort, cela incite souvent à réfléchir à la vie et au ministère. C’était effectivement le cas pour Dara. 

L’année dernière, elle a quitté son foyer en Colombie pour rejoindre la Norvège dans le cadre d’un programme d’échange entre deux mouvements de l’IFES : l’UCU Colombie et Norvège NKSS (Laget). La mission restait la même mais le pays, la culture et la langue étaient très différents.  

Alors, qu’a-t-elle appris ?  

Nous lui donnons la parole dans cette édition du blog Conexión. Elle fait part de ses expériences de l’hospitalité et d’actes de bonté et de ses réflexions sur leur rôle dans la mission de Dieu et le témoignage parmi les étudiants. 

Pour de nombreuses personnes de culture latine, la table a toujours eu une valeur particulière.  

Au-delà d’un simple meuble, c’est un espace qui permet des rencontres : on y partage de la nourriture mais aussi la vie. À table, on parle et on écoute, on invite et on accueille, on sert et on démontre de l’amour. Ceux qui s’y assoient ont l’occasion de poser des questions et d’y répondre à leur tour.  

De bien des manières, la table est un lieu où l’on peut se regarder dans les yeux. 

En tant qu’espace qui se prête à l’interaction humaine, la table transforme la nourriture en langage d’amour. Chaque repas porte en lui une intentionnalité envers l’autre, la volonté de donner et un signe d’hospitalité. 

Dans la culture colombienne et pour moi en tant que femme née et élevée à El Eje Cafetero, la table porte une signification profonde.  

C’est autour de la table que les familles se réunissent pour le partage et la célébration, où l’on consolide les souvenirs avec les amis, où les nouveaux venus sont accueillis comme si on les connaissait depuis toujours. À table, on célèbre les anniversaires, on prend les décisions importantes, on vit des confrontations baignées dans l’amour et on s’encourage pendant les périodes difficiles. 

Derrière ce qui se passe autour de la table, il existe tout un langage symbolique qui parle de communauté, d’appartenance et d’amour. 

(Ce qui se passe autour de la table représente la communauté, l’appartenance et l’amour). 

Au-delà de cette signification culturelle, une question importante se pose : la table pourrait-elle faire partie de la mission ? 

La réponse semble être oui. Dans les Évangiles, la majorité de la mission de Jésus a lieu dans les villages, sur les routes, les montagnes… et aussi autour de la table. 

Jésus partage des repas avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs afin de proclamer la bonne nouvelle (Matthieu 9:9-12 ; Marc 2:15-17), remettant en question les attentes de ceux qui croyaient que les places à table devraient leur être réservées. Il s’assoie à table avec Zachée (Luc 19:1-10). À Béthanie, il est oint par Marie alors qu’il se trouve à table (Jean 12:1-3). Un épisode similaire a lieu lorsque Jésus rend visite à Simon le pharisien (Luc 7:36-50). Avant sa mort, il célèbre la Pâque avec ses disciples (Luc 22:14-20) et après sa résurrection, c’était alors qu’il rompt le pain avec deux disciples que ces derniers le reconnaissent. 

Il semblerait que la table occupe une place importante dans la vie et le ministère de Jésus. Au-delà d’être un lieu pour agir, c’est aussi un espace pour être présent avec les autres. 

Au cours de mon stage de six mois, au cœur du ministère parmi les étudiants, de l’apprentissage et des expériences interculturelles, j’ai fait ce constat : les questions parlantes, les conversations profondes, les histoires de la vie et la grâce de Dieu se manifestent autour d’un café, d’une table ou même en préparant des arepas

Autour de la table le lundi matin, nous partagions les Écritures avec l’équipe de Laget pour un encouragement mutuel. Plus tard, autour de la même table, nous élaborions des projets, nous réfléchissions et nous rêvions ensemble. 

Autour de la table, j’ai aussi eu des conversation profondes—et parfois déconcertantes—avec ma coéquipière. Ces conversations nous invitaient à mieux faire connaissance et à reconnaître la présence de Dieu même dans nos différences.  

Préparer le repas ensemble, mettre la table et partager ce que nous avions cuisiné est devenu une façon simple mais profonde de partager qui nous sommes et d’où nous venons, ce qui renforce notre travail en équipe. 

Je me rappelle tout particulièrement la veille de Noël. Des Colombiens, des Brésiliens et un Mexicain se sont réunis autour de la table pour célébrer Noël. Dans un lieu étranger, des milliers de kilomètres de nos patries respectives, nous avons commémorés ensemble l’espérance apportée par la naissance de Jésus et la promesse de vie pour le genre humain. 

Autour de la table, de bonnes conversations avaient lieu le dimanche après le culte ou lors des rassemblements de jeunes le vendredi, en buvant le café et en répondant aux questions. 

C’était autour de la table que j’ai profité des tacos du fredag, que j’ai appris de nouveaux mots norvégiens, que j’ai découvert la différence entre le bokmål et le nynorsk, que j’ai préparé des gâteaux de pain d’épices et que j’ai entendu des histoires sur les traditions de Noël norvégiennes. 

J’ai eu de nombreuses conversations avec des étudiants dans différentes facultés de Bergen qui ont commencé autour d’une table. J’ai parlé avec des étudiants qui avaient des avis divers, voire aucun, sur Dieu. Certains étaient curieux de savoir pourquoi quelqu’un voyagerait aussi loin pour venir en Norvège.  

Et alors que ces conversations se déroulaient, j’ai vu quelques visages se transformer lorsqu’ils ont entendu que la plus grande preuve de l’amour de Dieu était qu’il avait choisi d’aimé, de se donner – et qu’il continue d’utiliser de nombreux moyens pour transmettre ce message, au point de conduire cette servante à faire le tour du monde. 

C’est peut-être pour cela que la table demeure un lieu de mission. Là où l’on partage le pain, les histoires et la vie, la grâce de Dieu se manifeste aussi.

S’asseoir à table ressemble certes à un événement quotidien mais c’est aussi un moyen simple et pourtant profond de proclamer l’amour, d’établir une communauté et de rappeler que l’on profite d’autant plus de la vie quand on la partage. 

Autour de la table, Jésus continue de m’enseigner qu’il est mieux de servir que d’être servi. 

Avez-vous déjà réfléchi à comment vos paroles peuvent créer, encourager, soutenir ou apporter l’espérance ?  

Les paroles peuvent être des ponts entre les gens. Elles peuvent apporter une bonne nouvelle à quelqu’un qui en a besoin, au moment opportun. Dans un monde plein de bruit et de négativité, on a toujours l’occasion d’être une lumière dans les ténèbres.

Pendant la semaine de la bonté 2025 à l’université de Volda, un groupe d’étudiants s’est retrouvé pour déjeuner.

Ils étaient loin de se douter que quelque chose de simple se transformerait en quelque chose de profond. Les conversations ont commencé avec des questions telles que : « Raconte-nous ta vie ? », « Comment as-tu rencontré Jésus ? » et « Comment aimerais-tu qu’on se rappelle de toi ? ». Alors qu’ils parlaient, riaient et partageaient, une idée commença à germer. 

Nous avions déjà prévu d’écrire de brefs messages d’encouragement dans le cadre de notre initiative de la semaine de bonté.

Nous avons décidé de les écrire sur les étoiles en papier pour symboliser la lumière dans un ciel sombre. Même quand la nuit semble vaste et accablante, les étoiles continuent de briller. De la même manière, nous étions convaincus que de petits actes de bonté pourraient faire la différence. 

Au début, certains étaient mal à l’aise.  

Un étudiant a déclaré avec franchise : « Cela me semble un peu bête. » 

Alice a répondu gentiment : « Merci de ta franchise mais je crois vraiment que c’est bien de faire quelque chose pour quelqu’un d’autre. On ne sait jamais quand on aura besoin de paroles encourageantes — même provenant de quelqu’un qu’on ne connaît pas. » 

Emma a ajouté : « N’ayons pas honte de la bonté. » 

Alors, nous avons poursuivi. Nous avons écrit, découpé et placé les étoiles autour de la cafétéria, sur les portes des salles de classe et dans les couloirs.  

Bientôt, l’université avait l’apparence d’un ciel plein d’étoiles.  

Parmi les messages, on retrouvait : 

Ta vie est importante. Fais-la compter. 

Belle réussite pour tes examens. 

Jésus t’aime. Profite de cette journée. 

Fais une pause, respire et essaye à nouveau. Ce n’est pas la fin. 

Ne laisse pas les soucis d’aujourd’hui obscurcir le soleil de demain. 

Les réactions étaient un mélange de surprise et de gratitude. Certains étudiants ont souri tranquillement. D’autres ont exprimé leur appréciation.  

L’un a dit : « Ouah, cela m’a fait beaucoup plaisir. J’ai été tellement stressé à cause des examens. » Un autre a demandé : « Est-ce que cette étoile est vraiment pour moi ? Je n’ai jamais rien reçu de tel. » 

Même Sigurjon Bjarni, qui se décrivait comme « pas vraiment religieux », est revenu la semaine suivante en disant qu’il avait beaucoup apprécié les conversations et voulait revenir. 

Il était intéressant de voir que ce n’étaient pas que ceux qui ont reçu les étoiles qui ont été touchés. Cela a aussi transformé ceux qui les ont données. 

Alice a par la suite avoué qu’elle avait peur au début de comment les gens pourraient réagir. Cependant quand elle a vu leur bonheur et leur surprise, elle s’est sentie encouragée. Elle s’est alors rendu compte que les actes de bonté bénissent à la fois ceux qui les reçoivent et ceux qui les initient. 

Ce jour-là, les étudiants ont mis en pratique les paroles de Matthieu 5.16 : « C’est ainsi que votre lumière doit briller devant tous les hommes. » Telles des étoiles dans un ciel sombre, même des paroles simples peuvent briller avec éclat. Parfois, partager la bonté commence par une simple de décision de déclarer la vie. 

Auteur : Dara Camila Franco Alarcón 

L’immersion de Dara dans le ministère interculturel – à partager la vie autour de tables vivantes, à répandre la bonté par des étoiles en papier – lui a donné une expérience plus riche de la mission de Dieu sur les campus du monde. Les réflexions de Dara confirment que de tels échanges de ministère peuvent bénéficier à la fois à la personne qui fait le déplacement et au mouvement-hôte

Si vous êtes étudiant(e) ou équipier(ère), avez-vous pensé à passer une semaine, quelques mois ou plus longtemps encore avec un autre mouvement de l’IFES ? 

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